Destruction de
L’église Ste. Barbara à Aboud
Tout à coup, et sans prévenir, l’armée israélienne a fait exploser l’église Ste Barbara, sanctuaire religieux parmi les plus sacrés du village d’Aboud. L’explosion a eu lieu le vendredi 31 mai 2002 à 9 heures du soir. Ce lieu saint est l’un des plus anciens sites religieux d’Aboud : son histoire remonte au 6ème siècle. Le 17 décembre de chaque année, les chrétiens du village s’y réunissent pour prier et allumer des bougies en mémoire de la mort de Sainte Barbara.
L’église, perchée sur une colline à l’ouest d’Aboud, a éveillé la méfiance et les soupçons des Israéliens : le vendredi 31 mai, les habitants d’Aboud ont vu des soldats tourner autour de l’église. Pendant la nuit, on voyait du village les phares des jeeps militaires et les mouvements de soldats. Soudain, il y eut une explosion formidable et des tourbillons de fumée : l’église et la grotte étaient réduites en poussières, des pierres roulaient dans toutes les directions. Plus tard, des soldats en jeeps sont venus vérifier que tout avait bien été exécuté.
Aujourd’hui encore, les habitants d’Aboud ne savent pas pourquoi les forces d’occupation militaire israélienne ont mené cette action brutale contre l’un des plus sacrés de leurs sites archéologiques, et quel était leur objectif. Mais nous croyons que cette agression doit être condamnée à tous les niveaux, car rien ne peut justifier une telle brutalité. Il faudrait prendre des mesures immédiates pour protéger et reconstruire ce site ainsi que les autres monuments d’Aboud et de Palestine, aussi rapidement que possible.
Sanctuaire et église Ste Barbara à travers l’histoire.
Cet ancien monastère est situé sur une colline rocheuse à un kilomètre à l’est du village d’Aboud, non loin de la route qui reliait Jérusalem à Ra’s El-Ain (Antibatrus). D’après certains archéologues, sa construction date du 6ème siècle, pour d’autres elle remonte au 8ème (période des Abassides). Toutefois, la tradition héritée et transmise mentionne ses origines byzantines qui remontent au 4ème siècle.
A proximité de l’église se trouve un bâtiment intégré (sans doute le monastère) composé de trois salles. L’une d’elle, celle du centre, est une église de forme rectangulaire (longueur : 14 m, largeur : 7 m). Il n’en subsiste plus que les fondations, scellées dans le sol. Il existe deux types de mosaïques sur le sol mais pour l’instant, on ne peut pas les visiter. Sous l’église se trouvent une grotte et des souterrains : selon la tradition orale et ecclésiale, l’un d’eux aurait servi de lieu d’habitation puis d’emprisonnement à Sainte Barbara. Depuis, la grotte est réputée comme lieu saint et a été utilisée à des fins religieuses jusqu’à sa destruction, le 31 mai 2002, par l’armée israélienne. Il est de tradition chez les chrétiens d’Aboud de s’y rendre en procession, une fois par an, à l’occasion de l’anniversaire de Ste Barbara. Ils sont donc particulièrement attachés à cette église puisqu’ils s’y rendent fréquemment pour marcher, prier, partager le repas, et pour allumer à l’intérieur de la grotte des lampes à huile ou des bougies. Malheureusement, cette grotte a été totalement détruite par les forces militaires israéliennes.
Des trous taillés dans la roche rappellent la présence des moines dans le monastère : ce sont des anciens fouloirs, dans lesquels les moines pressaient le raisin – tâche qui leur était réservée puisqu’ils ne quittaient pas le monastère à l’époque.
D’après la tradition qui nous a été transmise depuis les temps anciens, la grotte de l’église aurait servi de refuge à Ste Barbara, fuyant son père qui la persécutait pour sa conversion au christianisme. Cet endroit devait plus tard devenir le lieu de son emprisonnement et de son martyr - c’est pourquoi on donna son nom au monastère et à l’église. D’après la tradition et les écrits ecclésiastiques orthodoxes, le Seigneur Jésus Christ se serait révélé à Ste Barbara dans cette grotte, alors qu’elle y était emprisonnée. Cette manifestation divine a conféré au lieu un caractère sacré, c’est pour cette raison que la grotte a toujours été révérée avec respect..
Enfin, on peut observer dans les alentours du site des croix et lettres grecques gravées dans la pierre : c’est une preuve supplémentaire que l’église est un lieu saint. Autrefois, en effet, les pèlerins gravaient des inscriptions ou des croix dans la roche et sur les murs des lieux qu’ils considéraient comme saints et qu’ils visitaient pour implorer la bénédiction divine.
Destruction de l’église Ste Barbara à Aboud – photos


Habitants d’Aboud (musulmans et catholiques) sur le site de Ste Barbara, après le désastre.